"L’école de l’expérience"
lundi 15 septembre 2008 par marlene
Notes prises lors de la conférence de Joseph Rossetto à l’IUFM d’Auvergne. Jeudi 22 mai 2008.
Des constats :
2/3 des élèves qui entrent en 6ème ne peuvent pas lire et comprendre un texte simple.
ces enfants ont intériorisé le fait que, pour eux, « ce n’est pas la peine ».
ces enfants mettent en place de nombreuses pratiques de rupture.
ces enfants ont inventé une langue de l’immédiateté, fondée sur le rapport de force, proche du corps. Ils n’ont pas de conversation, pas de maîtrise des mots pour pouvoir dire et s’exprimer, à l’oral comme à l’écrit.
Ce vide de mots correspond à un vide de présence au monde qui entraîne des compensations par des pratiques de rupture.
Ces enfants sont dans une situation d’insécurité langagière et culturelle.
Il est nécessaire de répondre en faisant l’école à partir de ce que sont ces enfants.
Dans son collège, il s’agit de redonner du sens à l’école par l’écriture, par le travail en projet… C’est l’école de l’expérience.
2 préalables à cette école de l’expérience :
un professeur doit être en mouvement. Il ne doit pas essayer de ressusciter le passé, mais s’orienter vers la nouveauté : ce que sont ces enfants. Il faut être sans cesse en recherche : rien n’est jamais acquis. La posture du professeur doit s’équilibrer entre le mouvement et le doute. Il est impossible de faire ce métier sans une polyvalence culturelle et disciplinaire.
les projets et les modes d’enseignement doivent être sans cesse repensés et réinventés.
Une grande importance doit être accordée à la qualité de la parole et du regard échangé avec les enfants et les adultes.
Pour cela, il est nécessaire de réfléchir aux mots qu’on emploie. Lorsque l’acte de parole laisse des ouvertures, alors il y a de la place pour l’autre.
Depuis plusieurs années, un laboratoire du CIEN existe au sein de l’établissement. Il se réunit une fois par mois en présence d’un psychanalyste, Philippe Lacadée. C’est la parole qui domine dans ce travail. Une réflexion est engagée sur l’éthique de la parole : « Les enfants acceptent les mots parce qu’ils sont justes. » C’est un lieu où la parole peut être donnée à chacun pour exprimer ce qu’il ressent quand il enseigne. Il est important de se questionner, de douter, de se remettre en question, de ne pas rester figé dans ses certitudes. On ne peut rien seul, le rôle de l’équipe est primordial.
Le projet d’établissement est élaboré chaque année : Chemins de savoirs. Toutes les classes du collège ne font pas partie de l’école de l’expérience. Pour celles qui appartiennent au dispositif, il s’agit de faire en sorte que chaque enfant trouve une place satisfaisante, où le corps a un rôle essentiel.
La semaine de classe est organisée en 3 temps :
les projets des classes : les mots, la voix, le corps.
1/2journée à une journée par semaine selon la période de l’année.
C’est un travail très exigent, sur la langue et les cultures. Pour cela, il est nécessaire de passer par l’étude et l’appropriation de grandes œuvres.
Dans ces projets le corps a une place primordiale. Il est souvent oublié dans l’enseignement. Si on oublie le corps, on oublie l’élève.
Ces projets donnent une place importante à l’invention, à l’expression, à la création. En effet, les enfants ont des connaissances singulières issues de leurs expériences et de leur imaginaire. Et, pour que le savoir scolaire soit intériorisé par l’enfant, il faut que ce savoir rencontre son imaginaire. Il n’y a pas de compréhension possible sans le passage par l’imaginaire.
Il s’agit de mettre les enfants dans un autre regard, dans un autre rapport à eux-mêmes et aux autres.
« Partir du déséquilibre pour construire son propre équilibre. »
« La classe devient une communauté de chercheurs. »
Ce travail en projet s’organise en 4 temps : recherches à partir d’une œuvre / travail de mémorisation qui débouche sur une création / voyage / restitution du travail sur la scène.
les événements.
Comment donner du sens à des disciplines scolaires ? Comment faire un travail inter-disciplinaire ?
Des séquences de 3 à 4 heures par semaine sont prévues pour travailler sur des événements qui permettent aux différentes disciplines de se nourrir les unes des autres.
Cela nécessite des mobilités importantes dans les emplois du temps.
les aides et recherches.
Elles se font sous forme d’un accompagnement solidaire.
Plusieurs classes sont réunies, le travail est organisé en fonction des besoins de chacun avec plusieurs professeurs. Parfois, les élèves s’aident entre eux.
Dans ces classes l’objectif est que chacun trouve sa place, que chacun soit indispensable dans la classe. Il s’agit d’amener les enfants, les élèves, toujours plus loin. Pour cela les élèves sont accueillis individuellement en début d’année par l’équipe. Un entretien a lieu, destiné à mieux connaître l’élève, il est consigné dans un carnet de bord qui le suivra durant toute sa scolarité. Le conseil de classe n’existe plus, il est remplacé par un conseil de progrès durant lequel l’élève et sa famille sont reçus.
Bémols :
il est très difficile de faire travailler les professeurs ensemble, et ce travail est très difficile à organiser !
c’est un système impermanent et fragile.
Bibliographie :
Joseph Rossetto :
Une école pour les enfants de Seine Saint-Denis. L’Harmattan.
Jusqu’aux rives du monde + DVD. Strania édition.
Quelle classe, ma classe ! Documentaire réalisé par Philippe Troyon.
Philippe Lacadée :
Le malentendu de l’enfant. Payot.
L’éveil et l’exil. Editions Cécile Defaut.
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